В Нью-Йорке, в 4 мая 2020 г.
Моя дорогая Юлия,
« Et pour la petite dame, ce sera quoi ? » Ainsi s’adressent souvent les vendeurs dans les petits magasins en France, notamment les vendeurs de rue. Pour moi, leur présence apporte sa personnalité à une ville, sans eux la ville paraît comme endormie : on ne voit alors que le béton, la pierre, le verre des immeubles, sans en ressentir l’humanité pourtant souvent compressée là. Alors qu’ils soient marchands de journaux, de hot dogs ou de chaussettes, je vais te parler de ces vendeurs de rue, qui hélas disparaissent souvent dans les villes modernes, remplacés par des distributeurs automatiques, parfois par le vide.
Commençons par Paris : là, les kiosques à journaux restent encore nombreux, même si comme dans beaucoup de villes, ils doivent aussi vendre des bouteilles d’eau, des barres chocolatées, des cartes de la ville, afin de combler les pertes de la presse. Pour moi ils sont toujours un endroit où l’on peut demander son chemin, après avoir acheté quelques bonbons pour être poli. Moi qui n’ai jamais été abonné à la presse quotidienne, l’étalage de leurs couvertures me permettait de voir les titres des magazines, et souvent d’en acheter un au passage, quand un reportage piquait mon intérêt. Mais évidemment à Paris, comme partout, c’est surtout la nourriture que l’on peut acheter ainsi ! Près des Halles, des crêpes, partout, et à quasiment toute heure du jour ou de la nuit ! Dans les arrondissements plus au Nord, notamment sous la ligne 2 du métro, qui y est aérien, en hiver des gens vendent des marrons chauds (des châtaignes) qu’ils te mettent entre les mains, encore brûlantes, dans du papier à journaux. Elles sont cuites au feu de bois ou au charbon sur des poêles trouées chauffées par des bidons, transportés tels quels, brûlants, dans des chariots de supermarché ! Au même endroit, on voit aussi tous les vendeurs d’articles de contrefaçon : Rolex à dix euros et sacs Chanel à quinze : quand la police arrive, les vendeurs à la sauvette sont déjà loin ! Souvent ils sont noirs, récemment arrives là.
A New York d’ailleurs, on retrouve les mêmes personnes vendant les mêmes articles, à deux endroits précis : sur l’avenue Broadway autour de la trentième rue, et à Chinatown ! Je pense que c’est un accord entre les communautés : les Chinois importent les produits interdits, et les Africains les vendent sur les trottoirs, devant les devantures légales écrites en Mandarin ou en Cantonais. C’est toujours étonnant à voir, mais la police, contrairement à la France qui
\2
lutte contre les copies de marques, les ignore. Pour les touristes Français ayant voulu profiter de cette aubaine, une mauvaise surprise les attend de retour à Paris : les contrefaçons sont saisies et détruites lors du passage en douanes… New York, pour ses vendeurs de rue, fonctionne en fait par quartiers, et par horaires. Ainsi dans le Queens, il y a des vendeurs de chaussettes dans la rue, mais pas ailleurs. Dans les quartiers Vénézuéliens ou Colombiens, des spécialités comme les tamales, dans les quartiers coréens des soupes, dans les quartiers arabes des tartes aux céréales. Ce que l’on retrouve à peu près partout, ce sont les fourgons de « chicken on rice », shawarma, brochettes : ça coûte six dollars, et entre la viande, la salade, le riz, les frites, les pois chiches et parfois la boule de falafel, ça constitue un déjeuner à pas cher. Dans les quartiers plus touristiques, ils sont remplacés par les vendeurs de hot dogs, de brochettes, de pretzels : des mets qui il y a cent ans étaient vendus par des juifs, mais qui sont aujourd’hui adorés par les touristes a casquette « Trump ». Suivant les horaires, on trouve différents vendeurs : le matin il y a beaucoup de chariots qui vendent du café, des croissants, des donuts : en 2004, c’était comme cela que je petit-déjeunais tous les jours ! Ils ferment boutique vers midi, et sont alors remplacés par les « chicken on rice », et aussi les vendeurs de fruits et légumes frais. Dans certains quartiers, on trouve aussi des vendeurs de noix grillées délicieuses. Ça me rappelle les plages en France, où on les appelle des « chouchous ». En été on voit beaucoup de femmes Mexicaines au coin des rues : elles ont soit des mangues coupées en tranches ou en fleurs, épicées, soit de délicieux churros (encore quelque chose de mon enfance : les « chichis » : « Chichis, baigners, chouchous ! » est le cri que l’on entend en Méditerranéenne!) Ici sur les plages, on entend surtout « nutcracker ! » : il s’agit de petites bouteilles contenant des cocktails alcoolisés, préparés à l’arrière des voitures qui amènent les vendeurs… pas très appétissant ! Mais bien sur ce qui rythme la ville les jours de canicule, c’est « ice cold water, one dollar ! » Ça n’est vraiment pas cher car à Paris les petites bouteilles d’eau coûtent cinq euros. Les latinos sont les communautés qui vendent le plus de choses diverses : dans le Lower East Side, on trouve de vieux Porto-Ricains avec leurs glacières de glace pilée recouverte de sirop. Un jour dans le Queens, j’ai vu un vieil homme à mobylette qui avait une radio passant en boucle une chanson « El chicharrón » pour signaler sa présence. Il s’agit de couenne de porc frite : les gens mangent cela comme des chips ! Il y a aussi évidemment toutes sortes de camions, dont les plus connus sont les « Mr Frosty » comme dans Borat : je crois que tu vas t’arrêter la première fois que tu en verras un, comme pour les taxis jaunes ou les bus scolaires : pas de honte à avoir, j’ai fait la même chose !
Lorsque je suis allé à Bogotá, il y avait évidemment beaucoup de ces carrioles de nourriture dans les rues, mais tout le monde, de mes amis jusqu’à l’étudiant qui était assis à
\3
côté de moi dans l’avion, m’avait prévenu : sanitairement c’est très périlleux et il faut acheter à manger dans de vrais boutiques pour ne pas être malade : je me contentais donc de me nourrir avec les yeux de ces petits chariots, et c’est dans les boutiques que je mangeais les délicieuses empanadas et arepas ! Un endroit où je ne pensais pas voir de vendeurs de rue, c’était au Japon. Pourtant dans le marché de Nara, il y avait une camionnette à falafel tenue par… un blanc ! On s’est regardé… ça devait être un des seuls blancs de la ville. Plus tard, mon professeur et moi vîmes quelque chose d’étrange : une femme derrière ce qui était comme un aquarium rempli de morceaux de papier petits, brillants, et qui bougeaient avec le vent, malgré le couvercle en verre pour ne pas qu’ils s’échappent. Ce n’est que le soir au restaurant que nous sûmes ce dont ils s’agissait : mes nouilles en étaient recouvertes. C’est de la peau d’anguille séchée, et que les gens utilisent là-bas comme nous mettons du fromage râpé sur les pâtes ! C’est très bon et ça donne un petit goût salé !
Je finis sur la Pologne et la Bulgarie. Je t’ai déjà raconté les tomates délicieuses des babouchkas a Sofia, et les pastèques extraordinaires. De même les vendeurs de produits ménagers via les soupiraux au bas des immeubles. Mais ce qui me manque, ce sont les marchands de toutes sortes de noix et autres graines de tournesol. Que ce soit a Sofia ou Varsovie il y en avait beaucoup, et quel choix ! Cela me rappelle que j’ai des noix de pecan dans la cuisine…
Voilà моя дорогая Юлия, c’était un petit voyage dans les rues via leurs petits commerces, licites ou illicites. Je pense déjà au moment où, tous les deux, nous pourrons découvrir les spécialités de différents endroits via ces petits chariots.
Je t’envoie des baisers sucrés, salés, épicés, à toi qui depuis que tu es entrée dans ma vie, m’a montré à quel point celle-ci est savoureuse. Я тебя люблю,
Твой Géraud