19 janvier 2022

В Нью-Йорке, в 19 января 2022 г.

Моя дорогая Юлия,

Сегодня, я хочу сказать тебя о очень известных людях, которых ты не знаешь! Потому что они живут в Нью-Йорке, и только здесь люди могут говорить: « Канечно я знаю этого человека! Все знают его! »

New York, même si c’est une très grande ville de plus de 8 millions d’habitants, a parfois quelque chose d’un petit village dans le fait que certaines personnes semblent être célèbres, pour des raisons parfois très étranges. Quelquefois, un journaliste décide de faire un article sur eux dans un des journaux locaux, comme The Gothamist, ou encore The Village Voice. Derrière ces sortes de « meme » sans noms, on découvre alors des vies, des histoires, ce qui renforce encore le coté « village » que l’on ressent parfois ici : New York a beau être célèbre pour ses grattes-ciel, elle reste très humaine !

Commençons par un conseil santé : si tu veux avoir une peau très belle, il faut aller voir le docteur Zizmor ! C’est un dermatologiste dont les publicités très kitsch (sa photo à droite, au milieu d’un arc-en-ciel sur le panorama de Manhattan) ont circulé dans le métro pendant plus de trente ans… sans jamais être modernisées ! Quand il est parti à la retraite, en hommage, une des scénettes de Noël du magasin Sacks Fifth Avenue en était une parodie ! Le plus étonnant, c’est que ces publicités apparaissaient, seulement sur la ligne bleue du métro (A, C, E), alors certaines personnes, pourtant usagers réguliers des autres lignes, ne savent pas du tout qui il est !

Si tu visites Union Square a Manhattan, dans la partie sud du parc, au niveau de la quatorzième rue, tu verras des tas de gens étranges : des moines Hare Krishna en train de chanter, des manifestants parfois loufoques, et très souvent, Matthew Silver. Il est facile à reconnaître : grosse barbe, cheveux longs, vêtu été comme hiver d’un maillot de bain, et équipé d’instruments en plastique pour enfants. Lui aussi a des messages à faire passer, qu’il chante en tenant sur des panneaux en carton. Par exemple : « Les pets sont de l’amour ! » Il ne sort jamais de son personnage, même quand la police dit de partir. A vrai dire, tu as déjà vu son visage : c’est sur lui qu’est basé le personnage

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de Moonwind Stardancer dans le film « Soul ». Mais le croiras-tu Yuliya : le personnage imaginaire est beaucoup plus « normal » que son modèle !

A l’entrée des bars et des clubs où jouent de petits groupes de rock ou punk, il y a très souvent un homme avec une barbe blanche bien régulière, en collier, avec de grosses lunettes, et un chapeau anglais « pork pie ». A la bouche un gros cigare, et c’est d’une voix très rocailleuse qu’il se présente : « Hi, I am Frank Wood » ; une voix qui, accompagnée de l’odeur du cigare, me fait parfois penser que c’est un cancer des poumons qui parle ! A plus de 60 ans, cet italo-américain à la gouaille bien New New-yorkaise travaille toujours comme organisateur de concerts, responsable de la sécurité, et parfois cuisiner. Il chante aussi et dans son groupe tu vois des musiciens qui ont enregistré avec Bowie, Patti Smith, mais qui pour lui vont jouer dans une salle minuscule devant vingt-cinq personnes. Il a beaucoup d’histoires sur les quarante années qu’il a passées à travailler dans ce milieu !

Je finis sur un personnage que même « haut en couleurs » n’est pas assez fort pour la décrire. Oswaldo, dit « Ms Colombia » était la personne que l’on voyait dans tous les défilés : la Gay Pride évidemment, mais aussi le nouvel an Chinois, les défilés de danse… une exception toutefois : Saint Patrick. Car eux ne voulaient pas d’un gay aussi visible ! Car visible elle était : crane rase recouvert d’un turban où trônait un perroquet gris et ses graines, grosse barbe frisée teinte en vert fluorescent, des robes créoles très colorées, dans des matériaux qui rappellent les tissus que tu utilises pour les costumes, aux oreilles d’énormes boucles d’oreille, voire même des CD ! Et autour du cou de larges colliers. Mais surtout, dans un petit caddie, sa « niña » : un caniche blanc avec une oreille teinte en rose et l’autre en vert. Et au-delà des artifices : un sourire candide, et une voix douce et chantante. Il avait quitté la Colombie dans les années 80, est venu à New York, a vécu avec le sida, jusqu’à un jour disparaître dans les vagues de l’océan. Il/elle était très aimée dans la communauté colombienne, où elle aidait toujours tout le monde : une belle personne.

Voilà моя дорогая Юлия, quelques portraits de New York-ais intéressants : pas ceux que l’on voit dans les magazines, mais ceux qui me font penser à la ville.

Je t’envoie des baisers qui volent vers toi comme ces mots que je dépose sur le papier : à vrai dire sur ton prénom je dépose mes lèvres. Я тебя люблю,

Твой Géraud