В Нью-Йорке, в 17 февраля 2022 г.
Моя дорогая Юлия,
« Паспорт! Как вас зовут? Что вы будете делать в стране? У вас есть виза? » Это вопросы, которые мы можем слышать когда мы путешествуем. Сегодня, я написаю тебе как немного людей говорят иностранцам.
Nous avons parle récemment, toi et moi, de l’attitude à avoir quand on visite un pays, que ce soit à titre provisoire, pour y travailler quelque temps, voire pour s’y installer. Et nous sommes tout à fait d’accord pour dire à quel point il est important de s’intégrer en apprenant la langue, les coutumes, la culture, tout en gardant sa propre personnalité. Aujourd’hui, je vais te parler toutefois de l’autre côté du miroir : de l’attitude des « gens du coin » face à l’étranger, au différent. Ce sont des histoires qui me sont arrivées, ou qui se sont déroulées en ma présence.
Plusieurs fois en France, j’ai eu honte d’être français, en voyant comment se comportent certaines personnes dans les administrations. Qu’ils soient racistes dans leur vie privée, c’est leur affaire, mais à leur travail ils sont sensés représenter le pays, alors leurs mots comptent ! La première fois où je fus choqué fut à la mairie de Paris X, où je faisais la procédure permettant à ma petite amie de Sofia de venir en France sans visa, juste comme touriste invitée. Ce genre de séjour peut durer jusqu’à trois mois, et c’est laconiquement que l’employée de la mairie me dit : « et elle va rester combien de temps ici cette jeune fille ? Trois mois je présume ? » Interloqué, je répondis seulement en balbutiant : « euh non, deux semaines. » A vrai dire, la Bulgarie n’est pas mieux la-dessus. Comme tu le sais, pendant deux ans je vivais entre Paris et Sofia, où je restais deux mois d’affilée. Là-bas, lors de mon dernier séjour, la douanière regarda le tampon d’entrée et me dit : « Did you register with the police ? » « What ? No, why ? » « Go back and look at the poster there ». Et sur l’affiche en question, était écrit que pour tout séjour de plus de quinze jours, sans visa, il fallait se faire enregistrer à la police sous peine d’amende. Je devins blanc quand elle me dit : « I could fine you right now, you will have to pay 1200$ to leave the country ». Ma chance fut que ce jour-la il y avait beaucoup de monde, et cette loi que j’ignorais sur ces affiches toutes neuves ne s’appliqua pas à moi ce jour-là. Elle me dit après avoir mis le tampon de sortie dans mon passeport : « Think about it next time. » Mais cette « prochaine fois » n’eut jamais lieu.
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La deuxième fois où j’eus honte d’être Français, ce fut à la « Caisse de sécurité sociale » : c’est là où l’on obtient la carte permettant de se faire soigner à un prix normal, régulé par l’état. Il y avait deux vieilles femmes asiatiques, dont une parlait à peine Français. Et là, prenant à partie tout le monde dans le petit bureau, la préposée lui cria au visage : « oh mais je ne comprends rien moi ! Il faut parler Français ! On ne parle pas Chinois ici ! » Alors certes oui, on attend de quelqu’un qui immigre qu’il comprenne un minimum la langue du pays, mais là, sa façon de dire « chinois » car les femmes étaient d’apparence asiatique, tout en attirant l’attention de tout le monde sur elles, était raciste et méchant !
Dans le même genre, un jour à l’aéroport de Chicago, je vis deux vieux touristes Chinois, le passeport à la main, s’entendre dire : « You come to America, you have to speak English ! » par un homme des douanes américaines dont l’accent était comme celui de Borat ! Chicago a en effet une énorme population Est-Européenne, parfois récente, alors les agents des douanes à cet aéroport ont des noms proches du mien, et les deux babouchkas qui orientent les arrivants vers les guichets… parlent en Russe entre elles ! En général, je déconseille aux étrangers d’y atterrir, car les agents sont malpolis. Ainsi ce monsieur me dit : « Your paper is missing the stamp from the consulate ! » Je lui expliquais que c’était le visa qui compte : « you think you know my job better than me ? Go to that office ! » Fort heureusement, là siège un employé qui connaît les règles. Au même aéroport, une jeune fille blonde à nom polonais me demanda : « For how long have you been French ? Have you always had that name ? » Elle aussi m’envoya au même bureau !
Mais tout n’est pas aussi sombre ! Ainsi quand je fis faire mon visa Américain à Calgary pour venir vivre à New York, l’employé à qui je parlais me demanda : « Could you tell me how GPU programming relates to vector processors ? » Sachant que c’était une de mes spécialités, cela me fit plaisir de voir qu’il avait « fait ses devoirs » en lisant non seulement mon CV, mais aussi des articles scientifiques récents ! Cela m’a montré que j’étais pris au sérieux et respecté.
D’ailleurs c’est quelque chose que j’ai toujours ressenti dans les consulats et les services de l’immigration américains : ils font un peu peur tant ils sont à cheval sur les procédures, mais ils ne cherchent pas à piéger ni être méchants : à partir du moment où ils voient que tu ne mens pas, ils te donnent confiance : ils sont professionnels. Et souvent ils anticipent : à Paris pour mon visa de post-doctorant, l’employée me dit : « the university put only one yeear, but I know these get renewed : I am granting you a five year visa so that you dont have to come back here every year ». Fait amusant, c’est justement
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cela qui amena le chicagoan à accent de Borat à me dire qu’il me manquait un tampon du consulat… sur la fiche de renouvellement faite par l’université !
Au Canada les employés des douanes sont à l’image que l’on se fait souvent du pays en général : débonnaires. Ainsi, lors de mon premier voyage de deux jours à Calgary, pour mon entretien d’embauche, ne sachant quelle case cocher sur le formulaire d’entrée, en face de « raison du voyage », je cochais « tourism ». Le douanier me demanda : « Why are you visiting ? » « I have a job interview » « In that case, you need to check ‘business’ ; have a great stay in Calgary, and good luck ! » Quand quelques mois plus tard j’y déménageais, tout le monde était du même acabit : sympathiques, serviables : quel plaisir de se sentir « Welcome/Bienvenue ! » et pas seulement sur les affiches bilingues qui sont partout présentes !
Mais le moment où je me sentis le mieux reçu lors d’un passage en douane, ce fut il y a peu, lors de mon retour de France. Après une heure de voiture, trois heures de train, cinq heures d’attente, sept heures d’avion, clairement je ne devais pas être très éveillé à mon arrivée a New York. Là, la carte verte à la main (d’ailleurs donnée d’urgence pendant le COVID, une semaine avant que Trump ne les bloque toutes!) je me mis dans la file « citizens and residents ». Au guichet, le douanier me demanda aussi mon passeport, d’où je venais, ce que je faisais en France. A ma réponse, « visiting family », il me sourit, tamponna, et me rendit le tout en disant : « Welcome home ». Je crois que je ne me suis jamais autant senti New Yorkais que ce jour-là, et cela me réchauffa le cœur !
Évidemment, дорогая Юлия, il y a un passage en douanes auquel je pense très souvent : celui qui nous permettra un jour de nous retrouver, de nous voir, de nous parler, de nous toucher. Je crois que je sourirai tellement, que l’on me demandera pourquoi je suis si différent de la photo du passeport ! D’ailleurs en cherchant des timbres dans mon tiroir… je viens d’en trouver deux : une de 2002, une de 2020 ! Je te les envoie…
Je t’embrasse tendrement, mon amour n’ayant pas besoin de visas ou de permis de séjour pour arriver jusqu’à toi. Моя дорогая Юлия, я тебя люблю,
Твой Géraud