29 avril 2021

В Нью-Йорке, в 29 априлия 2020 г.

Моя дорогая Юлия,

Что такое пунк? Сегодня, я хочу тебе писать когда и почему начал слушать музыку пунк и хардкор!

Il y a longtemps que j’écoutais quelques chansons des groupes punks les plus connus, autrement dit les Sex Pistols, les Clash, les Ramones. A vrai dire, je ne savais même pas que les Clash faisaient partie de ce mouvement, et avant d’aller à Paris, j’avais toujours pensé que ce mouvement avait plus ou moins disparu, musicalement parlant, peu de temps après 1977. La première fois que je vis des punks, ce fut à Alès, c’étaient ce que l’on appelle des « punks à chien » (en Anglais crusties : ils vivent dans la rue ou dans des squats, et ont souvent des chiens). Ils faisaient la manche à la sortie d’un supermarché, et ce dont je me souviens encore, c’est que l’un d’eux avait en guise de boucle d’oreille… pas la très commune épingle à nourrice, mais une boule à thé ! Je dis à ma mère, après les avoir observés : « ils se croient en 1977 eux ? » Oui, je l’avoue, c’était méprisant, et je ne pensais pas que bien des années plus tard, je côtoierai des gens comme cela chaque semaine !

Bien des années après, ayant récemment fini mes études, à Rennes où je rendais visite à des amis, je vis plein d’autres punks à chien : la ville est connue pour cela, et un des meilleurs groupes punk français, les Berurier Noir, viennent du coin. J’avais été quelques mois avant à mon premier concert, à Paris, voir The Distillers. Mais je n’étais pas d’humeur ce soir-là, sortant d’une rupture, avec mon ex dans la salle. J’ai beaucoup aimé la voix rauque de la chanteuse, mais au-delà de cela… rien de plus.

C’est vraiment à Calgary que pour la première fois je découvris ce qu’était la scène punk via un petit concert. J’étais seul depuis plusieurs mois déjà, et un samedi soir, pour la première fois, je me sentis prêt à sortir, seul, à apprécier quelque chose, sans ressasser des idées noires. Je cherchais alors quels concerts il y avait ce soir-là. J’adore le jazz comme tu le sais, mais javais déjà vu le club local, et il m’avait déçu : loin de l’ambiance agréable des clubs de Paris (ou New York!) là c’était très prétentieux : beaucoup de gens y allaient pour me semble-t’il poster ensuite des selfies montrant qu’ils écoutaient de la musique « intellectuelle » : très peu pour moi !

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Ce samedi soir la donc, je parcourrai la liste des concerts dans les bars et les petites salles : groupes de reprises  (avant Calgary, je ne connaissais pas « Don’t stop believing » de Journey… Après quelque mois… je le connaissais trop!), rock, country, métal, ah tiens, punk ! Je me connectais sur le site MySpace (c’était en 2009!) du groupe principal, et après avoir écouté plusieurs chansons qui me plurent, j’allais au concert.

Là, beaucoup de surprises m’attendaient ! La salle d’abord : je pensais me retrouver dans une petite salle obscure, façon garage : en fait The Distillery était une ancienne discothèque, avec une scène assez grande, une piste de danse / mosh pit étendue, et tout autour des tables de billard, un bar très propre, beaucoup de lumière, et on pouvait même y manger : c’était le Quartier Général des punks à Calgary, et ils étaient très bien organisés ! Les styles vestimentaires ensuite : pas de crêtes, pas de tatouages sur le visage… des gens habillés comme je le suis la plupart du temps : T shirt et jeans noirs, Docs aux pieds. Et enfin la démographie : à Paris j’avais vu des concerts de Métal : des garçons de 20-30 ans à 95%. Là il y avait beaucoup plus de filles, y compris dans les groupes, et la tranche d’age était de 20 à 60 ans. Sans que les plus âgés soient traités comme « ce vieil original qui va à des concerts punks ».

Le concert se déroula très bien : très bons groupes, des spectateurs attentifs aux autres (cela me permit de prendre des photos sans risquer de me retrouver à terre), vraiment très bonne ambiance. Avant un des sets, je vis le chanteur d’un des groupes qui faisait des étirements. Je me demandais pourquoi, jusqu’à ce que je le voie sur scène, courant et sautant dans tous les sens, en criant ses paroles très rapidement : je venais de découvrir ce qu’était le punk hardcore ! Et j’adorais ! Pour le dernier groupe ce fut une surprise de voir deux chanteurs, dont une fille que j’avais vue regarder stoïquement les autres, alors que le pogo faisait rage. Le résultat, avec les chanteurs qui se répondent, est plein d’énergie et très entraînant : je rentrais chez moi heureux, en achetant un hot dog au passage : le début d’une tradition pour moi !

Cela me plut tellement que j’y retournais chaque fin de semaine, découvrant de nouveaux clubs (The Distillery restant le plus grand), et de nouveaux styles aussi : rock indé, rockabilly, psychobilly, thrash metal… Toujours avec mon appareil photo à l’épaule. Ayant vu que BDFM, le groupe avec deux chanteurs, allait rejouer, je me décidais à ne plus seulement être un spectateur passif, et j’imprimais deux tirages, un pour chaque chanteur. Je les vis dans la salle en arrivant, alors, timidement je m’approchai avec mes deux enveloppes brunes : « Euh salut, j’ai fait ça pour vous ». Ils aimèrent les photos, m’offrirent à boire, on discuta, et ce fut mon premier pas dans la famille punk à Calgary. Avec le temps, je

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fis la connaissance de beaucoup de groupes, à qui je donnais des photos pour leurs pages et même leurs albums : il y a même des photos de moi sur un disque de Oï (ce sont les skin-heads qui ne sont ni racistes ni communistes : ils se contentent de chanter sur le football, les fêtes avec les amis, et les bagarres en découlant parfois). Je vis aussi des groupes célèbres dans ce milieu, notamment D.O.A et The Business que j’ai revus de nombreuses fois plus tard.

Il va de soi qu’avec une telle expérience à Calgary, je me dis que New York, l’un des berceaux du punk avec Londres, serait phénoménal. Avant même de déménager ici, j’avais donc cherché où voir des groupes punks, et hardcore si possible. Je savais que le club le plus connu, CBGB, avait fermé depuis quelque temps déjà, mais je trouvais rapidement la mention de « ABC No Rio : hardcore matinees since 1986 ». J’atterris à New York un jeudi, le lendemain j’allais au bureau, et le surlendemain, un samedi à 14 heures, j’étais devant la salle de concert. Là j’eus à peu près l’effet inverse que me fit The Distillery à Calgary : une salle grande comme un garage, dans un immeuble, ancien squat, paraissant près de s’écrouler, et très sale. Tout cela éclairé par des lumières comme dans une cuisine. Côté organisateurs, des cinquantenaires paraissant s’ennuyer dans l’entrée, assis sur leurs sièges comme des grands-mères au soleil et n’écoutant même pas les groupes. Le public : beaucoup d’adolescents car c’est un endroit « all ages » où l’alcool est interdit. J’eus l’impression de me retrouver dans une fête de famille où les gens ne s’aiment pas : même si les groupes étaient excellents ce jour-là (quand le concert commença enfin, avec deux heures de retard!), personne ne souriait ni ne semblait vouloir parler : en gros, des gens qui tirent la tête !

Malgré cela, j’y retournais la semaine suivante, car la musique de la première fois, du punk latino, m’avait plu. Cette fois, je parlais à des habitués car un garçon de mon age, à la voix rauque, annonça : « Pour ceux qui sont intéressés, on fait des discussions de politique dans le jardin ». Je te l’avoue, je le suivis surtout parce que l’alternative était de regarder mes pieds ou les murs en attendant le groupe suivant. Mais au final, les discussions étaient plus intelligentes que prévu, bien que très orientées politiquement : après tout c’est un endroit très à gauche. Mais le plus important, c’est que je devins ami avec l’organisateur à la voix rauque, Joey Steel. C’est d’ailleurs sur le site de son podcast « Dispatches from the Underground » que j’ai travaillé récemment. Hormis parler politique, c’est quelqu’un qui passe son temps à aider les autres, et même si son personnage est parfois stressant (je le lui ai dit de nombreuses fois) c’est une bonne personne. Il est chanteur dans plusieurs groupes punk et hardcore, et travaille comme prof d’Anglais quand il n’est pas en tournée. J’ai commence grâce à lui à connaître d’autres groupes, d’autres endroits,

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et à me rendre compte donc que la scène New Yorkaise ne se limitait pas aux personnes qui font la tête le samedi après-midi à ABC No Rio. En passant, la politique là-bas est devenue très toxiques : ils sont de gauche, mais entre les communistes, les socialistes, les maoïstes, et les anarchistes, personne n’est jamais d’accord. Quant aux groupes très politiques dont les chanteurs font un long prélude de verbiage plus long que la chanson à venir, je regrette Calgary, où un jour un chanteur le visage ensanglanté dit : « Vous voulez savoir ce qui s’est passe ? » se vit alors rétorquer : « No, shut the fuck up and sing ! »

Grace à Joey, je rencontrais notamment Erin et Phil (j’ai été photographe à leur mariage), et après cela, via Erin qui connaît tout le monde, des tas de groupes, dont celui du papa de Pinky et Brody. Un jour elle m’invita à son anniversaire. Il y avait une fille avec qui elle a étudié… c’est mon épouse Karen (qui en général déteste les punks). Quoi qu’il en soit, j’ai pu rencontrer des gens d’horizons très différents (depuis les latinos qui sont illégaux… à Shaun la fille qui m’a permis d’avoir mon travail actuel!) et de réaliser ainsi qu’on peut aimer ce genre de musique et avoir une vie normale. En même temps, je suis attristé quand je vois des anciens de ABC mourir à 21 ans d’une overdose ou sous les roues d’un train de marchandises dans lesquels ils voyagent : plutôt que leur parler de politique, d’être végan, straight edge, il vaut mieux commencer par… écouter les autres.

Avec le temps toutefois, j’ai réalisé que je cherche à nouveau ce que j’avais a Paris : pouvoir discuter sans bruit, découvrir d’autres genres musicaux, aller plus souvent dans les caveaux a Jazz. J’avais commencé par l’opéra, et le théâtre en Espagnol près d’ici, quand le Covid a mis une pause à tout cela. Alors j’ai compensé par la lecture. Mais lorsque toute la ville se rallumera, je compte bien retourner à sa découverte, avec d’autres styles artistiques comme le ballet : seras-tu ma guide моя дорогая Юлия ?

Voila, tu en sais un peu plus sur ce que j’ai fait dans mes soirées libres depuis déjà douze ans, Je suis toujours curieux et j’essaie d’être ouvert à de nouvelles découvertes : après tout c’est comme cela que j’ai découvert mes auteurs préférés.

Du milieu d’un mosh pit, d’un fauteuil d’opéra, ou du banc en bas d’un club de Jazz, я целую тебя моя дорогая Юлия, я тебя люблю!

Твой Géraud