28 décembre 2021

В Нью-Йорке, в 28 декабря, 2021 г.

Моя дорогая Юлия,

Когда я путешествую на самолете, мой любимый момент, это перед посадкой: ты знаешь, когда мы можем видеть город, улицы, и даже осмотреть жизнь людей которые живут здесь! Поэтому, сегодня, я написаю тебе о посадках!

Le premier atterrissage de ma vie, ce fut à Paris. Comme un camarade d’école et moi devions y passer des examens en même temps et aux mêmes endroits, nous fîmes le voyage ensemble. Mon expérience avec le métro sept ans avant nous aida bien, et donc, à 20 ans, ce fut mon deuxième voyage là-bas. Paris a la particularité qu’elle est interdite de survol par les avions. Mais lors des approches, on peut tout de même la voir de près. On voit surtout deux choses : la Tour Eiffel, et la Butte Montmartre surmontée du Sacré-Cœur. D’ailleurs, quand on vient en ville depuis l’aéroport Charles de Gaulle, cette basilique est la première chose que l’on voit. Alors, même si c’est pour la cinquantième fois, on a le cœur qui s’accélère, car ça reste la ville lumière. Pour les vols tard le soir, c’est encore plus beau, car on voit les veines de lumière que forment les rues, les avenues, et les boulevards. Et à ce moment-là, ce qui saute aux yeux, c’est la place de l’Étoile avec l’Arc de Triomphe en son centre.

Pour moi, ce sont d’ailleurs les vols de nuit qui permettent le mieux de voir, par contraste, l’organisation des villes. C’est comme cela que, quelques années après mon premier vol vers Paris, je découvris l’organisation des villes américaines. En l’occurrence, ce fut San Diego, dans un tout petit avion venu de Los Angeles, et qui arriva alors que la nuit était déjà avancée. Je vis d’abord les grattes-ciel, dont un très célèbre qui a des hexagones de lumière verte sur le toit. Quand on est dans un petit avion au-dessus d’une ville, on a l’impression d’être accroche là, immobile, et la moindre manœuvre demande des angles permettant d’avoir une vue directe sur les rues en-dessous. Alors je vis la régularité des rues Américaines, les parallèles et perpendiculaires partout, morcelant les villes comme un échiquier ! Au moment d’atterrir, les pistes étant orientées comme les rues bordant l’aéroport, on pouvait penser que l’avion allait se poser là, au milieu des

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petites maisons basses et des palmiers. Car oui, on est bien en Californie du Sud, juste à côté des plages. Ce souvenir ramène d’ailleurs à mon esprit des odeurs, des impressions, et des sons qui me sont encore agréables à ramener sur le devant de la scène de mes pensées !

Atterrir à Champaign en Illinois a le même effet visuel, mais m’a amené les sentiments opposés lorsque j’y suis retourné après en avoir déménagé. Là aussi, on voit les rues régulières, dont les principales se transforment en routes, puis en autoroutes, qui sont séparées par des champs de maïs, partout. Et la vue de ces champs me rappela l’ennui, l’impression d’avoir le cerveau endormi, l’envie de ne rien faire, qui a marqué pour moi la vie dans cette ville comme endormie. A vrai dire, mon arrivée là-bas pour le post-doc fut une catastrophe de problèmes administratifs, et les deux ans qui suivirent furent dans la même veine. Mais peut-être que je n’aime pas assez le pop-corn pour apprécier les épis de maïs dorés au soleil ?

Une ville dont la vue depuis les airs ne m’a jamais laissée indifférent, c’est bien sur New York. Pourtant, comme tu le sais chère Юлия, ce fut en bus que je vins ici pour la première fois. La deuxième, de passage seulement en transfert à l’aéroport, je fus triste en voyant le trou laissé par les tours du World Trade Center. Une douleur d’empathie, comme si la ville était vivante. Il y a trois aéroports ici, dont deux dans la ville même : La Guardia, au nord du Queens, est près d’un quartier résidentiel. Alors quand on y arrive, on voit aussi sous soi les rues et avenues organisées en grille. Mais à vrai dire, on n’y prête guère attention, car ce que l’on regarde surtout, c’est Manhattan toute proche, avec ses grattes-ciel illuminés ! Et dans le port qui est comme une tache noire la nuit, si l’on sait où regarder, on aperçoit la Statue de la Liberté, si petite face à cette grande ville. Mais la ville elle-même paraît bien minuscule quand c’est à JFK (John Fitzgerald Kennedy) que l’on atterrit. En effet, celui-là est au sud de Queens, près de l’Océan Atlantique et de Rockaway Beach où je vais tous les étés. Manhattan se voit comme un fantôme à l’horizon, mais ce que l’on remarque, c’est la proximité de l’eau : on a l’impression que l’avion va se poser sur l’océan !

Cette impression, je l’ai eue une autre fois, bien loin de là, au Japon, à Nara/Kansai Science City, où l’aéroport est en effet une île artificielle construite dans la baie. C’est très impressionnant ! A vrai dire, j’aime beaucoup quand, en approche finale, on voit sous nos yeux des choses dont on doit réfléchir pour deviner l’origine. Ainsi, j’ai toujours adoré voir les lacs gelés recouverts de neige : on dirait qu’un peintre a été pris de court, et n’a pas eu le temps de finir son tableau en y laissant des taches blanches. J’ai eu cette impression à Oslo

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la première fois, puis évidemment Sofia, et Calgary. L’arrivée dans cette ville en venant de l’Est est quelque chose de très beau : après avoir survolé pendant des heures les plaines de La Grande Prairie, on aperçoit tout à coup une ligne de hautes montagnes qui occupent tout l’horizon Nord-Sud, et qui sont comme un énorme mur gris, avec à son pied une ville moderne où deux rivières larges sinuent comme deux serpents énormes : là est Calgary, à la limite entre La Grande Prairie et les Montagnes Rocheuses.

J’adore ces villes qui apparaissent comme par magie au détour d’une montagne, sur la mer derrière les reflets aveuglants du soleil sur les vagues, et parfois, ce sont même les cimes des arbres qui font cet effet. C’est par exemple le cas à Bogotá : quand on arrive en Colombie après avoir survolé la mer, tout devient vert, car le pays est recouvert d’une foret très dense. Alors l’avion prend tout à coup de l’altitude car on se trouve face à la Cordillère des Andes, qui ressemblent là aussi à une énorme muraille. Une fois que l’on est au-dessus des falaises, on voit un plateau très grand, très haut, vert lui-aussi, jusqu’à la ville qui s’étale entre deux montagnes. A vrai dire, on se demande comment les premiers habitants sont venus là sans avion !

J’en arrive maintenant à une ville qui mêle la mer, les petits îlots, la montagne, et un centre-ville moderne avec des grattes-ciel intéressants près de petites ruelles étroites. Cette ville, c’est Vancouver au Canada. La proximité des Rocheuses, alors que l’on est dans un port sur le Pacifique Nord, le mélange petite ville et capitale économique, tout cela m’amenât, quand j’y mis les pieds la première fois, à penser : « je pourrais vivre ici ». En tout cas, j’aimerais y retourner pour pouvoir mieux découvrir cet endroit magnifique.

Mais pour moi, le plus bel atterrissage de tous, celui qui fera battre le plus mon cœur, ne dépendra en rien de la beauté du lieu. Ce sera en effet celui qui précédera notre rencontre, et dont je sais qu’il sera le plus important de ma vie.

 

Моя дорогая Юлия, женщина моей жизни, я целую тебя тысячи разов. Я тебя люблю.

Твой Géraud